Cahier des Anneaux de la Mémoire n°02 (2000)
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Sommaire du numéro :
L’Océan indien
- Prosper Eve
- La thèse de la douceur de l’esclavage à Bourbon. Mythe ou réalité?
- Hubert Gerbeau
- De la traite dans l’Océan Indien à l’engagisme : les anticipations d’un gouverneur de Bourbon au début du 19e siècle.
- Haï Qang Ho
- Données statistiques et hypothèses économiques sur la traite, les affranchissements et le prix des esclaves à la Réunion (1837-1847).
- David Gagneur
- L’abolition de l’esclavage comme expédient des débuts difficiles de la colonisation à Madagascar.
- Laurent Sermet
- La fin de l’engagisme à Sainte-Marie de Madagascar.
- Jacques Weber
- Les Conventions de 1860 et 1861 sur l’émigration indienne. Principes humanitaires, enjeux économiques et politiques.
- Céline Bousseau
- Le coolie trade chinois ou le trafic d’une nouvelle main d’œuvre.
- Edith Wong Hee Kam
- Engagisme chinois à la Réunion. [Article en PDF]
- Gillette Staudacher-Valliamee et Wilhiam Zitte
- La Bulle Ineffabilis en langage créole de Bourbon. Langues et patrimoine créoles au 19e siècle.
Le monde atlantique
- John K. Thornton
- La nation angolaise en Amérique, son identité en Afrique et en Amérique. [Article en PDF]
- M’Baye Gueye
- La tradition orale dans le champ de la traite négrière.
- Abdoulaye Bara Diop
- Les castes dans la société wolof. [Article en PDF]
- Jean-Marc Masseaut
- Symbolique des noms de navires négriers.
Avant - Propos
Ce deuxième numéro de notre revue qui souhaite poursuivre la tâche fixée lors de la publication du n° 1 en 1999, a pour sujet, outre la traite atlantique proprement dite, la traite et l’esclavage dans l’Océan indien.
Afin de réaliser cette édition sur un sujet assez méconnu mais qui pourtant reste extrèmement significatif, nous avons pu bénéficier du précieux concours d’une part, de Madame GOVINDAMA, Maitre de conférence en psychologie clinique et psychopathologie transculturelle de l’Université René Descartes ( Paris V ), et d’autre part, de Madame STAUDACHER-VALLIAME, Maître de conférence en allemand à l’Université de la Réunion et chercheur au Laboratoire de Recherche sur les espaces créolophones et francophones. Grace à cette collaboration, nous avons pu rassembler une large partie des textes consacrés à l’esclavage et l’engagisme dans l’Océan indien que nous publions dans cette revue. Nons les en remercions très sincèrement.
Le premier article nous est proposé par Prosper EVE qui rappelle que la souffrance humaine fut l’une des données essentielles de la traite et de l’esclavage. Dans l’archipel des Mascareignes, près de Madagascar, un système esclavagiste pouvant, là aussi, atteindre parfois des paroxysmes de terreur, permit le développement de plantations sur l’ile Bourbon, aujourd’hui la Réunion, et sur l’île de France, aujourd’hui l’ïle Maurice.
La traite dans l’océan indien, très comparable à celle des Caraïbes, se transforma au XIXème siècle. Hubert GERBEAU nous décrit comment évoluèrent avec l’abolition de l’esclavage, le statut et le recrutement de la main-d’oeuvre qui remplaça les esclaves venus d’Afrique. Ce fut aussi le coolie-trade. L’engagisme qui avait précédé l’esclavage, lui survécut.
La recherche économique de Haï Quang HO est certainement une importante contribution à l’Histoire des transformations du monde du travail. Ce dernier nous précise que ce fut avant tout pour utiliser leur force de travail, que les hommes et les femmes furent réduits à l’esclavage.
La colonisation de la grande île de Madagascar que nous décrit David GAGNEUR, illustre non seulement les débats que suscitèrent l’abolition de l’esclavage, mais aussi les choix économiques et politiques qui permirent de moderniser la domination de l’Europe sur cette région.
C’est toujours à propos de Madagascar, sur l’ïle Ste Marie, que Laurent SERMET évoque ce que fut le régime des engagés qui remplacèrent les esclaves. Il s’avère que ce statut ne fut pas plus satisfaisant du point de vue humanitaire que ne le fut l’esclavage. Il fallut aussi l’abolir. A travers l’article de Jacques WEBER, on constate que les abolitions de 1833 et 1848 n’ont pas ralenti les transferts massifs de travailleurs. C’est le statut des travailleurs et leurs origines géographiques qui ont changé. L’Inde devint alors un important réservoir de main-d’oeuvre et le 19ème siècle vit le développement du coolie-trade.
A la même époque, l’océan indien fut aussi le théatre d’un important trafic de main-d’oeuvre en provenance de la Chine. C’est le sujet de l’article de Céline BOUSSEAU qui cite le cas de coolies chinois qui furent transportés jusqu’au Mexique.
De précieuses données historiques concernant les engagés chinois nous sont fournies par Edith WONG HEE KAM. Le recrutement en Chine, le transport sur les navires, et les conditions d’existence de cette catégorie de travailleurs furent très proches d’autres expériences comparables au XIXème siècle. Les processus d’émergence d’une langue créole à l’époque où l’on passait de l’esclavagisme à l’engagisme sont décrits par Gilette STAUDACHER- VALLIAMEE avec la collaboration de Wilhiam ZITTE. Le créole, outil d’évangélisation et d’intégration sociale des esclaves de l’ïle Bourbon, fut aussi l’expression d’une nouvelle culture à l’instar d’autres régions du monde atlantique notamment.
C’est aussi le langage qui fut le ciment de l’identité parmi les Américains venus d’Afrique jusqu’à la nécessaire créolisation. John K. THORNTON illustre cette première phase d’identification à travers l’exemple des populations venues d’Angola et du Congo. Il nous décrit ainsi certaines origines des nations africaines d’Amérique. Dans son article sur les formes d’organisation de la traite parmi les Etats de Sénégambie soumis à la pression de la demande européenne, M’Baye GUEYE met en valeur toute l’importance de la tradition orale dans la recherche historique.
C’est aussi en Sénégambie, dont les Etats étaient bien antérieurs à la présence européenne, qu’Abdoulaye Bara DIOP situe son analyse anthropologique. Sa description des structures sociales complexes et de vieille tradition montre bien, s’il en était encore besoin, que les Européens, lorsqu’ils découvrirent l’Afrique, rencontrèrent des sociétés forgées de longue date par leur propre Histoire.
Pour clore ce deuxième numéro de notre revue, c’est un aspect peu connu de la traite atlantique qui est évoqué par Jean-Marc MASSEAUT. A partir des noms que portaient les navires négriers, il tente de situer la place de cette activité économique dans l’idéal de progrès du siècle des lumières.
Les Cahiers des Anneaux de la Mémoire.
- 058_CAM2_sommaire.pdf (774 Download)
- 058_CAM2_couverture.pdf (627 Download)
- Edith Wong Hee Kam CAM2 (449 Download)
- Abdoulaye Bara Diop CAM2 (506 Download)
- John_K_Thornton_CAM2 (338 Download)






